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Les talibans 2.0 prennent le pouvoir en Afghanistan, le niveau de la menace en Belgique est maintenu à deux

31/08/2021, Bruxelles – À la mi-août, les fondamentalistes talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan. Bien que les talibans souhaitent adopter cette fois-ci une image plus « douce » que celle d’il y a 25 ans, la communauté internationale s’inquiète, entre autres, des droits des femmes. La présence de divers groupes extrémistes dans la région et la rivalité qui les oppose suscitent également des préoccupations. Dans l’état actuel des choses, sur base des informations actuellement disponibles, les évolutions en Afghanistan servent un agenda local et l’impact sur la menace en Belgique reste limité.

Les talibans 2.0 ont surtout un agenda local. Avec leur « Émirat islamique d’Afghanistan », ils veulent instaurer une structure étatique entièrement basée sur la charia, le droit islamique. Ils concentreront donc une grande partie de leur attention sur la consolidation de leur pouvoir. Ce faisant, il semblerait qu’ils souhaitent cette fois adopter une image plus « douce ». Il n’est cependant pas encore sûr qu’ils y arriveront, ni dans quelle mesure cela fait réellement partie de leurs ambitions.

Il est difficile de savoir, par exemple, quelle approche les talibans adopteront à l’égard des droits des femmes. Nous ne savons pas non plus dans quelle mesure les dirigeants seront en mesure de contrôler d’autres groupes de population ou des chefs talibans dans les zones plus reculées. La mise en place d’une administration et d’un contrôle centraux s’est toujours avérée impossible en Afghanistan. En revanche, de nombreux Afghans ont toujours vu la présence internationale comme une influence indésirable, surtout en milieu rural, où ils étaient généralement très hostiles à une modernisation calquée sur le modèle occidental, qu’ils considéraient comme perturbatrice pour la société.

Groupements terroristes

L’Afghanistan abrite différents groupes extrémistes et terroristes, avec qui les talibans entretiennent de bonnes relations dans certains cas (par ex. Al Qaeda (AQ)) et sont fortement en conflit dans d’autres cas (par ex. l’État islamique au Khorasan, la branche afghane de l’EI). Les attentats à l’aéroport de Kaboul le 26 août témoignent de cette animosité réciproque.

Impact de ces événements sur la menace en Belgique et à l’encontre des intérêts belges

Contrairement à des groupes tels que l’EI ou AQ, les talibans n’ont pas d’agenda de conquête internationale. Leurs priorités se situent – certainement à court terme – dans leur propre pays. On s’attend dès lors à ce que l’instabilité déclenche de nouveaux flux migratoires, dont une partie se dirigera vers l’Europe et donc également la Belgique.

Une partie considérable de la diaspora afghane en Belgique a fui la violence (djihadiste) en Afghanistan. Il est donc peu probable qu’ils adhèrent à une idéologie extrémiste. Nous ne pouvons cependant pas exclure qu’il y ait parmi ces flux des individus ayant des projets criminels ou (potentiellement) extrémistes. Nous ne pouvons en outre pas oublier la complexité que représente une diaspora. Les tensions avec d’autres groupes peuvent toujours entrer en jeu.

Pour le moment, aucune composante djihadiste n’est cependant à l’œuvre lorsque des conflits ou actes violents impliquant des ressortissants afghans se produisent dans notre pays. Ces conflits se situent essentiellement au niveau de l’ordre public, et trouvent généralement leur origine dans des rivalités claniques, de la violence liée à l’honneur ou des intérêts criminels conflictuels.

     Un nouvel exode de FTF est improbable

Il est peu probable que les groupes terroristes en Afghanistan redeviendront à court terme un pôle d’attraction pour des combattants étrangers. Les obstacles (pratiques) sont trop nombreux et ces groupes n’ont pas assez de charisme. Par crainte de représailles, les dirigeants talibans n’autoriseront probablement pas AQ ou d’autres groupes à utiliser le pays comme base arrière pour mener des attentats en Occident. En outre, les talibans se sont toujours méfiés des Occidentaux et sont donc réticents à l’idée d’accueillir des combattants occidentaux dans leurs rangs. La rivalité entre l’EI et les talibans jouera également un rôle important dans ce contexte.

     Nouvelle impulsion pour l’idéologie islamiste

Il convient toutefois de tenir compte du fait que la victoire des talibans pourrait jouer en faveur d’autres groupes extrémistes. À leurs yeux, « l’islam a triomphé de l’occupant mécréant ». Il reste à voir dans quelle mesure cet état d’esprit aura un impact sur la sécurité internationale et sur les intérêts internationaux.

     Polarisation

La situation et les développements en Afghanistan suscitent de nombreuses réactions de tous les courants idéologiques. Un certain négativisme est observé, surtout dans les milieux extrémistes de droite. Les événements sont instrumentalisés pour mettre tous les musulmans dans le même panier et les qualifier de meurtriers, de fondamentalistes et de misogynes. Ces arguments sont ensuite invoqués pour appeler à faire de l’Europe une forteresse.

Il est surprenant de constater que, tant en Scandinavie qu’aux États-Unis et en Belgique, les actions des talibans suscitent également des félicitations et de l’admiration. Bien qu’ils rejettent leur idéologie, certains extrémistes de droite font l’éloge des talibans pour leur action décisive contre un gouvernement libéral inutile et corrompu.

De tels développements peuvent contribuer au climat général de polarisation qui se renforce depuis un certain temps dans notre pays. Heureusement, le déclencheur émotionnel dans notre pays n’est pas de nature à laisser présager un impact majeur à court terme.

L’OCAM continue de suivre l’évolution de près. Sur la base des informations actuellement à disposition de l’OCAM, il n’y a pas lieu de modifier le niveau général de la menace en Belgique. Le niveau reste à deux sur une échelle de quatre, ce qui signifie que la menace est moyenne.