20 ans de l’OCAM : relier, analyser et anticiper

24/09/2026, Bruxelles – Il y a vingt ans, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) était créé avec une ambition claire : rassembler les informations relatives au terrorisme et à l’extrémisme, établir des liens entre elles et contribuer à une meilleure compréhension des menaces qui pèsent sur la Belgique. Ce qui avait commencé comme une organisation chargée de centraliser les informations sur les menaces est devenu au fil du temps un maillon essentiel reliant les acteurs de la sécurité, les autorités et les partenaires de la prévention.

Une organisation née d’un besoin de coopération

Pour comprendre le rôle que joue aujourd’hui l’OCAM, il faut revenir au contexte dans lequel il a été créé. Dès les années 1980, la Belgique était confrontée à des violences terroristes et à des menaces extrémistes. Ces événements ont conduit, en 1984, à la création du Groupe interforces antiterroriste (GIA). Celui-ci réunissait différents services de sécurité et jouait un rôle important dans la coordination de l’information et de l’expertise.

À mesure que les menaces devenaient plus internationales et plus complexes, le besoin d’un cadre légal plus solide pour organiser la coopération et le partage d’informations s’est fait sentir. La création de l’OCAM a permis d’ancrer structurellement cette collaboration et cet échange d’informations. Les données provenant de différentes sources pouvaient ainsi être rassemblées pour dresser une évaluation intégrée et indépendante de la menace.

« La création de l’OCAM répondait au constat qu’aucun service ne disposait, à lui seul, d’une vision complète de la menace. Aujourd’hui, la coopération semble aller de soi, mais il y a vingt ans, c’était loin d’être le cas. Pour autant, partager des informations ne suffit pas. La véritable valeur ajoutée réside dans la capacité à transformer les informations et l’expertise de différents partenaires en évaluations et analyses intégrées de la menace. » – Gert Vercauteren

Bien plus qu’un centre de collecte d’informations

Cette vision intégrée de la menace reste aujourd’hui au cœur de la mission de l’OCAM. En rassemblant les informations disponibles et en les transformant en évaluations concrètes et en analyses stratégiques, l’OCAM aide les décideurs et les services opérationnels à prendre des décisions éclairées afin de faire face aux menaces identifiées.

L’OCAM est aujourd’hui un centre de connaissances et d’expertise de référence qui informe et alerte tant les autorités que les acteurs de première ligne.

Au cours des deux dernières décennies, notre conception de la sécurité a évolué. Alors que l’accent était autrefois principalement mis sur la détection des menaces et la mise en œuvre de mesures répressives, il est progressivement apparu que la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme constituait aussi un enjeu de société, auquel les seuls services de sécurité ne pouvaient répondre.

« Autrement dit, nous devions rapprocher sécurité, prévention et réintégration. Cette approche a entraîné de nouvelles compétences importantes pour l’OCAM. Nous avons ainsi été chargés de coordonner une véritable Stratégie nationale T.E.R. Celle-ci réunit différents partenaires autour d’une approche intégrée et individualisée, dans laquelle prévention, suivi et mesures de sécurité se renforcent mutuellement. » – Gert Vercauteren

La Banque de données commune T.E.R. s’inscrit également dans cette évolution. Aujourd’hui, 17 services partenaires y partagent des informations sur les personnes et les organisations qui font l’objet d’un suivi prioritaire dans le cadre du terrorisme et de l’extrémisme. Au-delà du simple échange de données, cette banque de données facilite également un suivi et une évaluation communs des risques, permettant aux partenaires concernés d’agir plus rapidement et de manière mieux informée.

Pour chaque personne enregistrée dans la banque de données, une analyse individuelle de la menace est réalisée et un suivi adapté est élaboré. En tant que gestionnaire opérationnel de la banque de données, l’OCAM y joue un rôle central.

L’une des avancées majeures de ces vingt dernières années est l’ancrage, plus solide que jamais, de la coopération à tous les niveaux de pouvoir. Services de sécurité, ministère public, autorités, acteurs locaux et partenaires de la prévention travaillent de plus en plus étroitement autour d’une compréhension commune des risques et des menaces.

L’OCAM contribue à cette dynamique en réunissant informations, expertise et acteurs concernés, tout en aidant à identifier les liens entre signaux, phénomènes et individus. C’est précisément là que réside, depuis vingt ans, l’essence même de sa mission : connecting the dots.

Une menace en constante évolution

Parallèlement à l’évolution des méthodes de travail et de la coopération, le paysage de la menace s’est également profondément transformé. Pendant longtemps, l’attention s’est principalement portée sur les menaces djihadistes. Aujourd’hui, la Belgique est confrontée à un éventail beaucoup plus large de défis.

L’extrémisme violent issu d’autres mouvances, la radicalisation en ligne et l’émergence de nouveaux phénomènes, comme l’extrémisme nihiliste, font désormais partie d’une réalité toujours plus complexe. À cela s’ajoutent les menaces liées à des contextes étrangers, dont nous avons constaté une forte augmentation ces dernières années.

« La nature des menaces a elle aussi changé. Aujourd’hui, les défis en matière de sécurité sont plus difficiles à circonscrire qu’auparavant. Des jeunes se radicalisent plus rapidement, mais de manière moins approfondie, et peuvent s’inspirer simultanément de références violentes issues de différents milieux. Parfois, la dimension idéologique est devenue très ténue. Autre élément préoccupant : nous constatons une présence nettement plus importante de mineurs dans nos dossiers. Les problématiques psychiques jouent souvent un rôle important dans le processus de radicalisation. » – Gert Vercauteren

C’est précisément pour cette raison que le rôle de l’OCAM reste aujourd’hui essentiel. Dans un monde où les menaces évoluent toujours plus rapidement et prennent des formes multiples, il demeure nécessaire de disposer d’une organisation capable de rassembler les informations, d’établir des liens entre elles et de replacer les évolutions dans leur contexte plus large.

Non seulement pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi pour anticiper ce qui pourrait devenir déterminant demain.

Prêt pour l’avenir

Ces dernières années ont montré que la sécurité est plus que jamais une responsabilité partagée. Les menaces changent, les technologies évoluent et les transformations sociétales se succèdent à un rythme toujours plus soutenu. Une chose, en revanche, ne change pas : l’importance de la coopération et d’une compréhension commune des défis auxquels nous sommes confrontés.

Fort de cette conviction, l’OCAM poursuit la mission qui est au cœur de son action depuis sa création :  rassembler les personnes, les informations et les expertises afin de contribuer à la sécurité de notre société.

En établissant des liens entre les signaux, les phénomènes et les différents partenaires, l’OCAM contribue non seulement à mieux comprendre les menaces d’aujourd’hui, mais aussi à se préparer aux défis de demain.

Connecting the dots. Depuis vingt ans.

 

À l’occasion de son vingtième anniversaire, le directeur de l’OCAM, Gert Vercauteren, était l’invité de La Première et De Ochtend. Il y est revenu sur l’évolution de l’OCAM, sur les enseignements tirés de ces vingt dernières années et sur les transformations du paysage de la menace.

Retrouvez ici les interviews accordées à La Première et De Ochtend.

 

Voormalige en huidige directeurs van het OCAD en de AGG, samen met minister van Binnenlandse Zaken. Van links naar rechts: Christian Vanneste, Luc Verheyden, Jean-Claude Delepière, Bernard Quintin, André Vandoren, Paul Van Tigchelt en Gert Vercauteren.
Anciens et actuel directeurs de l’OCAM et du GIA, aux côtés du ministre de l’Intérieur. De gauche à droite : Christian Vanneste, Luc Verheyden, Jean-Claude Delepière, Bernard Quintin, André Vandoren, Paul Van Tigchelt et Gert Vercauteren.