attentas de Paris souvenirs

12/11/2025, Bruxelles – Le 13 novembre 2015, la France était frappée par plusieurs attentats coordonnés à Paris, causant la mort de 132 personnes et faisant des centaines de blessés. Ces attaques ont bouleversé l’Europe et marqué un tournant dans la lutte contre le terrorisme. Dix ans plus tard, l’OCAM tient à saluer la mémoire des victimes et à réaffirmer son engagement dans la lutte contre le terrorisme. Si aujourd’hui l’OCAM maintient le niveau général de la menace en Belgique à 3 (« grave »), la nature du danger a profondément changé. L’évolution de la menace impose une adaptation continue de nos dispositifs, fondée sur une vigilance accrue, une coordination renforcée et une coopération internationale soutenue.

 

Une menace devenue plus diffuse, hybride et transnationale

Depuis 2015, le paysage de la menace terroriste et extrémiste s’est profondément transformé. Si l’organisation terroriste Etat islamique n’administre plus de vastes territoires, son idéologie continue de circuler activement en ligne et inspire de nouveaux acteurs. Al-Qaïda et ses branches régionales restent également des vecteurs de radicalisation et de violence. L’extrémisme de droite, notamment dans ses formes transnationales et numériques, s’est affirmé comme une menace persistante, tandis que l’extrémisme de gauche montre un degré d’activité plus élevé. En parallèle, de nouveaux profils ont émergé : acteurs isolés, jeunes radicalisés en ligne, mouvances hybrides mêlant extrémisme de droite, islamisme, complotisme ou nihilisme.

La radicalisation se fait désormais souvent en ligne, dans des trajectoires individualisées, insidieuses et rapides. Les conflits internationaux – Gaza, Syrie, Ukraine – agissent comme catalyseurs émotionnels et politiques, alimentant des narratifs de haine et de victimisation. Ces narratifs sont portés et amplifiés par des individus ou des groupes dont l’objectif explicite ou clandestin est d’encourager, de légitimer ou de faciliter le passage à l’acte violent.

« La menace est devenue plus complexe, plus fragmentée et plus difficile à cerner », souligne Gert Vercauteren, directeur de l’OCAM. « Nous sommes confrontés à des profils hybrides, souvent jeunes, qui ne s’inscrivent plus dans les typologies classiques. La radicalisation se nourrit de frustrations, de crises identitaires et de narratifs transnationaux. Le défi n’est plus seulement de détecter une organisation et ceux qui s’en réclament, mais de déchiffrer des motivations mêlant notamment idéologie, mal-être personnel et influence en ligne. »

Cette évolution rend la détection plus difficile. Les signaux faibles sont plus discrets, les motivations plus floues, et les passages à l’acte plus opportunistes. Le terrorisme est devenu low cost, accessible à tout individu radicalisé, avec des moyens simples mais des conséquences potentiellement graves.

 

Une architecture sécuritaire belge profondément réformée

Face à cette mutation, la Belgique a adapté son dispositif. Le Plan Radicalisme a évolué vers la Stratégie T.E.R. (Terrorisme – Extrémisme – Radicalisation), une approche multidisciplinaire qui mobilise les niveaux fédéral, régional et local, ainsi que les acteurs judiciaires, policiers et socio-préventifs.

Le dispositif repose sur une logique de gestion des risques, structurée autour d’une centralisation de l’information, de l’analyse et de la coordination, au sein d’une banque de données commune. Cette centralisation est notamment incarnée par la Taskforce nationale, qui pilote l’ensemble du dispositif, ainsi que par les groupes de travail thématiques. Le suivi opérationnel est ensuite décliné localement via les Taskforces locales (LTF), chargées du volet sécuritaire, et les Cellules de Sécurité intégrale locales (CSIL-R), responsables du volet socio-préventif.

L’OCAM est avec les services partenaires de la stratégie T.E.R. une cheville ouvrière de ce dispositif.

« Depuis les attentats terroristes portant la marque de l’EI en Europe dès 2014, les services ont beaucoup appris, notamment à délaisser les œillères et à coopérer », explique Gert Vercauteren. « Cette coopération est aujourd’hui structurée dans des plateformes locales et nationales, avec des outils adaptés pour partager l’information et agir de manière coordonnée. Les défis restent nombreux, mais les progrès réalisés sont significatifs. »

La stratégie permet aussi de mieux intégrer les dimensions psychosociales dans l’évaluation des risques, notamment pour les jeunes radicalisés ou les profils hybrides. Elle favorise une approche individualisée, axée sur la prévention, la réintégration et le renforcement de la cohésion sociale.

 

Une coopération franco-belge solide et stratégique

Dans ce contexte, la coopération internationale est essentielle. L’OCAM entretient des liens privilégiés avec ses homologues européens, et en particulier avec l’UCLAT, son partenaire naturel en France. Ensemble, ils échangent régulièrement des connaissances, des bonnes pratiques et des analyses dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.

« La coopération avec l’UCLAT est solide et précieuse », affirme Gert Vercauteren. « Elle repose sur la confiance, le partage d’expertise et une vision commune des enjeux. Ces échanges entre nos deux services nous permettent de suivre les tendances émergentes et de renforcer notre capacité collective à anticiper les menaces. »

Cette collaboration s’est renforcée au fil des années, et souligne la nécessité d’une coordination transnationale dans un contexte où les menaces dépassent les cadres nationaux.

 

Dix ans après Paris, la menace n’a pas disparu. Elle a changé de forme. Grâce à une stratégie adaptée, une coordination renforcée et une coopération internationale solide, la Belgique est mieux armée pour y faire face. L’OCAM, en tant que centre de fusion, contribue activement à cette vigilance collective.